En France, le carnaval peut prendre la forme d’un corso fleuri sur la Côte d’Azur, d’une bande accompagnée de fifres et de tambours dans le Nord, d’un bal masqué ou d’une fête d’école. Ces pratiques très différentes occupent pourtant la même zone du calendrier : les jours qui précèdent le Carême.
Qu’est-ce que le carnaval ?
Le carnaval est un cycle festif populaire historiquement lié à l’entrée en Carême. Il ne constitue pas une fête liturgique de l’Église. Sa date dépend néanmoins du calendrier chrétien et, pendant des siècles, son abondance alimentaire et sa liberté satirique ont contrasté avec le jeûne et la pénitence du temps suivant.
Aujourd’hui, la participation au carnaval n’implique pas nécessairement une pratique religieuse. La fête appartient surtout à la vie culturelle des communes : associations, écoles, groupes musicaux et habitants la réinventent selon leur histoire locale.
Quand a lieu le carnaval ?
Le mardi gras est le dernier jour avant le mercredi des Cendres, qui ouvre le Carême dans le rite romain. Comme Pâques change de date, le mercredi des Cendres et le carnaval se déplacent eux aussi chaque année.
Le calendrier réel est cependant plus souple. Certaines villes organisent plusieurs semaines d’événements ; d’autres concentrent leurs défilés pendant un week-end. Le jeudi gras conserve une importance particulière dans certaines régions européennes, tandis qu’en France l’expression « mardi gras » est généralement la plus connue.
Des origines médiévales, sans récit trop simple
Les carnavals européens sont bien attestés au Moyen Âge et à l’époque moderne dans des sociétés structurées par le calendrier chrétien. Des rapprochements ont souvent été faits avec les fêtes romaines ou d’anciens rites d’hiver. Les ressemblances sont réelles, mais elles ne prouvent pas que chaque usage actuel soit la survivance directe d’une même fête antique.
Il est donc plus prudent de décrire un ensemble de traditions qui se sont formées, croisées et transformées au fil des siècles. Même l’étymologie de « carnaval », souvent associée à l’abandon de la viande avant le Carême, n’est pas expliquée de manière absolument unanime.
Masques, nourriture et renversement des rôles
Le masque permet de quitter provisoirement son identité ordinaire. Les chansons, discours et personnages grotesques offrent un langage pour se moquer de l’actualité et des puissants. Ce renversement reste temporaire : le carnaval crée un monde à l’envers, puis un jugement, une crémation ou un enterrement symbolique vient souvent le refermer.
La nourriture rappelle également l’ancien contraste avec le Carême. Crêpes, beignets et plats plus riches sont associés au mardi gras dans de nombreuses familles, mais les habitudes varient selon les régions. Il ne faut pas transformer ces usages en menu national uniforme.
Nice et Dunkerque : deux modèles français très différents
À Nice, le carnaval moderne s’est organisé à partir de 1873 autour de grands cortèges. Les corsi, les chars et les batailles de fleurs, apparues à la fin du XIXe siècle, ont construit une fête spectaculaire liée à l’identité touristique de la ville.
Dans les Hauts-de-France, et particulièrement autour de Dunkerque, le modèle est tout autre. Les bandes avancent au son des fifres, des tambours et des cuivres ; les participants portent des déguisements transmis ou recomposés, se retrouvent au rigodon et entretiennent un fort sentiment d’appartenance locale. Le lancer de harengs depuis l’hôtel de ville de Dunkerque est devenu l’une des images les plus connues, mais il ne résume pas toute la tradition.
Entre ces deux pôles existent de nombreux carnavals municipaux, ruraux ou urbains. Ils montrent qu’en France, comme ailleurs en Europe, le mot « carnaval » recouvre plusieurs histoires et non un modèle unique.
Une fête religieuse ou populaire ?
Le mardi gras et le carnaval ne sont pas des célébrations liturgiques. Leur rapport au christianisme est d’abord calendaire et culturel : ils précèdent le mercredi des Cendres et le Carême. Cette distinction explique que la fête puisse rester très vivante dans une société sécularisée, tout en conservant des mots et des dates hérités de l’année chrétienne.
À Verges : une soupe collective le mardi gras
À Verges, en Catalogne, le lien avec le carnaval est précis : la Sopa de Verges est préparée et partagée le mardi gras. La municipalité la présente comme une fête populaire qui clôt le cycle du Carnestoltes local et comme l’une des soupes ou « ranxos » communautaires connus en Catalogne.
Son origine appelle à la prudence. La documentation municipale rapporte deux interprétations : un repas autrefois offert par les seigneurs féodaux, ou une soupe composée avec les aliments apportés par les habitants avant le Carême. Il s’agit d’hypothèses traditionnelles, non d’un fait historique définitivement établi. La préparation collective actuelle et sa place dans le calendrier, en revanche, sont bien documentées.
Une date commune, des cultures locales
Le carnaval doit sa position au calendrier chrétien, mais sa forme appartient aux communautés qui le célèbrent. Nice, Dunkerque ou Verges ne racontent pas la même histoire. C’est précisément cette diversité qui permet de comprendre comment une ancienne période festive continue à évoluer aujourd’hui.