L’histoire de la Procession de Verges n’a pas toujours été simple. L’un des moments les plus critiques fut vécu durant le conflit armé de 1936-1939. Ce ne fut pas une crise de foi ni de motivation — les Vergélitains chérissaient leur tradition —, mais une conséquence inévitable de la peur et de l’instabilité du moment.

1936 : Le silence forcé
L’atmosphère précédant le déclenchement de la guerre était tendue. En 1936, tout était prêt, mais un message du gouverneur civil changea la donne : l’autorité déclinait toute responsabilité quant à la sécurité en cas d’incident durant l’événement.
Face à cette situation incertaine et pour éviter tout drame, la douloureuse décision de suspendre la procession fut prise. Les rues de Verges restèrent silencieuses ce Jeudi Saint, et il fallut attendre quatre longues années avant d’y revoir la Danse de la Mort.
Le miracle du matériel sauvé
L’un des faits les plus surprenants de cette période est la survie du patrimoine. Alors que dans de nombreux villages de Catalogne, images religieuses, costumes et archives étaient détruits ou brûlés, à Verges, le matériel fut sauvé.
Les costumes de la Danse, les armes des soldats et les éléments de la scénographie réussirent à traverser la guerre intacts. Ce fait fut crucial : si le matériel avait été perdu, la reprise de la fête aurait été presque impossible à une époque de si grande misère économique.

1940 : Une procession sans hommes
Une fois la guerre terminée, le maire de l’époque, M. Auquer, insista fermement pour rétablir la tradition. Les Vergélitains aspiraient à tourner la page et à retrouver une vie normale, et tout le monde s’investit dans le projet. Ainsi, en 1940, la procession parcourut à nouveau les rues.
Mais ces premières années d’après-guerre furent extrêmement difficiles. Les hommes manquaient. Entre les morts, les exilés et les jeunes effectuant de longs services militaires, Verges manquait de participants. Malgré tout, la détermination des Vergélitains fut plus forte : la procession devait survivre coûte que coûte, dans l’espoir que le temps ferait revenir les absents.

L’élan décisif : Le Patronat
Jusqu’alors, la Confrérie du Sang avait géré l’organisation, mais les temps nouveaux exigeaient une nouvelle structure. C’est alors que fut créé le Patronat.
À partir de ce moment, et grâce à l’effort titanesque de son directeur, M. Charles Perpinyà, la procession a non seulement surmonté ses difficultés existentielles, mais a également jeté les bases de la qualité et de la pérennité dont nous bénéficions aujourd’hui.